Les difficultés d'intégrations pouvant survenir chez les immigrants au Japon

Essay by elcotCollege, UndergraduateA, April 2008

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Les difficultés d’intégrations pouvant survenir chez les immigrants au JaponMémoireLe 27 septembre 2005DES MASQUES ET DES HOMMESLes difficultés d’intégrations pouvant survenir chez les immigrants au JaponTABLE DES MATIÈRESINTRODUCTION3MISE EN CONTEXTE5DÉVELOPPEMENT61-Des explications historiques aux difficultés d'intégration au Japon61.1.l'ère Sakoku (1639 à 1853)61.2.l'après deuxième guerre mondiale (à partir de 1945)82-Des explications politiques aux difficultés d'intégration au Japon112.1.la politique migratoire de 1990112.2.le protectionnisme des années 1990143-Des explications sociologiques aux difficultés d'intégration au Japon163.1.la culture des masques16Conclusion19Médiagraphie 10Définition des concepts11IntroductionDepuis l’apparition dans les années 1990 du phénomène économique éliminant les barrières commerciales entre les pays du monde entier, communément appelé la mondialisation, les mouvements de masse des populations se font grandissants. Que se soit pour les études, la famille ou le plaisir, les raisons se font de plus en plus multiples pour voyager. Se sont souvent ces facteurs qui entraînent des millions de gens à vouloir s’établir dans un pays leur procurant une meilleure qualité de vie.

C’est pourquoi le Japon, comme d’autre pays industrialisé, fait face aujourd’hui à une situation migratoire plus importante. Mais l’accueil réservé aux nouveaux arrivants dans ce pays est très différent de celui rêvé initialement par ces immigrants. L’arrivée de ces personnes d’une autre culture et d’une autre mentalité entraîne une réaction prévisible chez la population japonaise qui voit des étrangers arrivés chez eux depuis à peine une centaine d’années maintenant. Plusieurs observateurs se sont questionnés sur ce phénomène contemporain japonais et une première question en est ressortie :Pourquoi certains immigrants rencontrent-ils des problèmes d’intégration lorsqu’il s’installe au Japon?Ce problème sera analysé sous l’angle des trois disciplines que sont l’histoire, la politique et la sociologie. D’un côté historique, les premiers évènements en lien de causalités avec les difficultés sont apparus dès l’expulsion systématique d’une majorité d’étrangers (à l’exception des Chinois) dès 1639 jusqu’à ce que les frontières ouvrent de nouveau en 1854. D’un côté politique, les lois migratoires japonaises firent l’objet de débat important à la Diete (organe exécutif japonais) qui engendra une augmentation du nombre de Canadiens possédant un visa de travail temporaire au Japon, ce nombre est passé plus précisément de 1 600 immigrants en 1980 à 11 900 en 2003. D’un côté sociologique, la culture des masques qu’on tente a tout pris de préserver dans la société oppose radicalement sa pensée à celle possédés par les étrangers vivant en sols japonais. Finalement, une conclusion interdisciplinaire tentera de proposer une approche globale et une vision future de la situation interprétée au cours du présent mémoire.

Mise en contexteUne première distinction s'impose ici pour clarifier le travail qui va suivre.

Sur une population de plus de 127 millions d'habitants, le nombre des étrangers résidant dans le pays a depuis peu dépassé le cap du million. En 1988, le nombre des étrangers dûment enregistrés par les services de l'Immigration se montait à un peu plus de 940 000, mais le ministère de la Justice estimait à plus de 100 000 les étrangers restés dans le pays avec un visa désormais périmé. Sans parler des 120 000 Latino-américains de souche japonaise dont le traitement est particulier. Depuis, le nombre de ces derniers a sans doute doublé. Quant à celui des travailleurs étrangers en situation illégale, on estimait leur nombre à plus de 200 000 en février 1992 .

Il y aurait donc aux alentours de 1 400 000 étrangers dans le Japon d'aujourd'hui.

Sur cette masse aux limites fluctuantes, le groupe le plus important (environ 750 000 personnes) est constitué de descendants de Coréens (les Coréens sont de loin les plus nombreux avec environ 700 000 immigrants), de Taiwanais et de Chinois, la plupart amenés de force au Japon au cours de la période d'expansion de l'empire nippon soit en gros, du début du siècle à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Développement1.Des explications historiques aux difficultés d'intégration au JaponLes étrangers ont depuis longtemps été la cible de confrontations dans leur milieu d’accueil. L’histoire nous rappelle que leur combat a été un des plus dur et qu’il est même encore très difficile pour eux d’intégrer leur nouveau milieu particulièrement au Japon. Les grandes flambées dans ces antagonismes ont eu lieu durant l’ère Sakoku (de 1639 à 1853) et après la Deuxième Guerre mondiale (de 1945 à 1949).

1.1.l'ère Sakoku (1639 à 1853)Depuis les tout débuts de l’histoire du Japon, l’isolement dû à ses frontières maritimes amenuisa considérablement l’influence des autres civilisations sur celle japonaise. D’abord Chinois et Coréens, les étrangers se sont faits rares jusqu’au début des années 1600. Dès lors, un mouvement migratoire important, basé sur les relations commerciales entre le Japon et l’Europe, amena des techniques nouvelles qui aidèrent le Japon à se développer plus rapidement et entraînèrent avec eux, grâce à leurs missionnaires, une nouvelle religion, le christianisme. Mais malgré un engouement marqué chez les Japonais pour cette religion, en l’espace d’une cinquantaine d’années, c’est le revirement total. À la suite d'une rébellion chrétienne près de Nagasaki, tous les étrangers (à l’exception des Chinois et Coréens) résidant dans l'archipel sont déportés vers leur pays d’origine. Seuls les Hollandais obtinrent l'autorisation de tenir comptoir commercial sur l'île de Dejima, dans le port de Nagasaki. À partir de ce jour, les Japonais décidèrent de contenir les communautés chinoises restantes dans un minuscule quartier spécial à Nagasaki. Plusieurs personnes s’expliquent mal ce changement radical des mentalités, mais c’est pourtant selon plusieurs chercheurs, un phénomène explicable. Certains ont d’abord cru que la société japonaise était incompatible avec les idéaux occidentaux et qu’une intolérance spirituelle s’était installée au pays. Mais cette théorie explique mal les succès prometteurs du christianisme au début du 16e siècle. Après avoir poussé la réflexion à un second niveau, l’auteur Endymion Porter Wilkinson compris que cela provenait directement d’un des traits caractérisant la civilisation japonaise et chinoise : « Ce trait majeur commun aux deux grandes civilisations d’Asie ne repose pas sur une croyance religieuse, mais plutôt sur le critère d’avancée culturelle commune quant à l’écriture, les rites, les coutumes et l’harmonie sociale. » Cette différence est fondamentale, car elle subsiste encore de nos jours et explique la tolérance et l’adaptation des pays asiatiques aux conditions contemporaines. Le christianisme lui n’avait pas, et n’a pas encore aujourd’hui, cette tolérance. Il apportait la subjugation politique et la colonisation et c’est pourquoi les Japonais ont donc commencé à s’en méfier puis à le défier. Le repli géopolitique durant l’ère Sakoku était donc un refus de colonisation idéologique et se termina par une quasi-fermeture territoriale et sociale.

Le Japon ne sortit de son isolement volontaire que lorsque les canons du commodore Perry, de la marine de guerre américaine, vinrent menacer son indépendance en 1853. À la suite de cette crise politique, le shogun Tokugawa dut démissionner et l'empereur Mutsuhito fut installé au pouvoir en 1868.

1.2.l'après Deuxième Guerre mondiale (à partir de 1945)Le Japon s'affirma rapidement comme une puissance militaire capable, malgré son isolement prolongé, de démontrer sa supériorité aux pays voisins : il battit la Chine (1895), la Corée et la Russie (1905) et plus tard il continua d’étendre ses territoires conformément au Traité de Versaille. Le 7 décembre 1941, le Japon lança une attaque aérienne contre les forces navales américaines à Pearl Harbor (Hawaii), ce qui décida les États-Unis à participer à la Seconde Guerre mondiale. La machine de guerre japonaise encercla rapidement la plus grande partie du Sud-Est asiatique et étendit sa domination sur toute la région jusqu'en 1943, lorsque le cours des événements se retourna contre le Japon. Les 6 et 9 août 1945, les États-Unis lancèrent deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.

Après avoir perdu contre l’URSS et les États-Unis, le Japon n’eut pas le choix de capituler le 14 août 1945. Cette défaite discrédita donc totalement les forces militaires japonaises, mais cette capitulation n’en fut pas une psychologique au contraire. De 1945 à 1952, le pays fut occupé principalement par les forces américaines surtout dans le sud du pays et maintenant encore la présence de bases militaires au Japon est mal acceptée non seulement par les Japonais les côtoyant dans leur vie quotidienne, mais aussi par une large fraction de la population japonaise. Aussi, cette occupation du Japon a été marquée par des centaines de méfaits attribués en majorité à des soldats américains comme nous relate M. Bouissou dans son ouvrage : « … des Américains furent condamnés à la suite de leur participation dans des batailles sanglantes, des enlèvements de jeunes Japonaises ainsi que des centaines de viols. » Les Japonais en ont gardé un goût amer et les Américains leur ont fourni plusieurs raisons qui dévalorisèrent grandement les Occidentaux à leurs yeux et cette réalité est encore bien visible aujourd’hui dans la tranche de population ayant vécu la bombe A.

En 1947, sous l'égide des États-Unis, une nouvelle Constitution fut adoptée : le pays s'engageait à renoncer à la guerre, à garantir les droits fondamentaux de l'homme et à maintenir un régime démocratique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Japon entretient une force d’autodéfense et les États-Unis assurent pour l'essentiel sa sécurité. Le gouvernement japonais réitère graduellement son autorité et son indépendance face aux États-Unis. C’est dans cet ordre d’idée que le Japon décida d’augmenter à plus de 1 % (3,179 milliards de yens) la part allouée à son armée dans son budget en 1987, soit plus que ce qu’ils avaient convenu au départ avec les Américains de ne pas outrepasser. En 2001, ce montant se situait à 4,956 milliards de yens.

De nos jours, on se demande si le mouvement contre les bases militaires dans l’ensemble du Japon est fondamentalement pacifiste ou simplement anti-étranger. Nous avons constaté ultérieurement que des explications historiques peuvent justifier la mentalité plutôt négative des Japonais envers les étrangers vivant dans leur milieu. Mais, il ne faut pas voir dans les causes de ce problème que des origines historiques, les décisions politiques peuvent aussi être un facteur décisif dans cette voie qu’a pris au fil du temps la civilisation japonaise.

2. Des explications politiques aux difficultés d'intégration au JaponLes politiques d’un pays sont souvent à l’image de sa population et celle du Japon ne fait pas exception sur ce point. Il est clair que les politiques qui ont été adoptées par les gouvernements en place depuis les années 90 n’ont pas suivi la tendance internationale des autres pays industrialisés. Les politiques migratoires japonaises n’ont pas encouragé suffisamment le recours à une main-d'œuvre étrangère stable, et ce, malgré la pression qui pouvait s'exercer à ses portes. De plus, le mouvement protectionniste qui sévit au pays depuis le repli géopolitique tente de limiter les chances des entreprises étrangères espérant percer le marché japonais. Ces deux aspects politiques peuvent être la cause, selon plusieurs observateurs, des difficultés rencontrées par les immigrants vivants au Japon. Examinons d’abord le cas des politiques migratoires japonaises.

2.1.la politique migratoire de 1990Début de l'année 1986: on était alors encore au creux d'une sérieuse dépression économique, et le taux de chômage au Japon dépassait les 3%, chose qu'on n'avait pas vue depuis longtemps. La situation était vraiment inquiétante dans certains secteurs, tel celui de la construction navale, de la restauration et de l’enseignement des langues étrangères. C'est ainsi que dès l'automne 1986, la main-d'oeuvre se faisant rare, une porte fut entrouverte aux travailleurs étrangers. Mais, devant la nouveauté du phénomène, les prises de conscience nécessaires pour que s'organise une défense des droits des immigrés demandèrent du temps. C’est pourquoi on trouve à l'origine du mouvement de migration, des compagnies fort bien organisées d'agents recruteurs qui, dans les pays pauvres à la main d'oeuvre abondante, vont embaucher les travailleurs dont ont besoin les entreprises japonaises.

Durant les premières décennies surtout, où les agences échappaient pratiquement à tout contrôle, ce système se prêtait à tous les abus. Employés sans permis de travail et une fois leur visa de touriste périmé, sans permis de séjour les étrangers se retrouvaient pratiquement sans droits. Un des faits aggravant la situation est celui constitué des indicateurs démographiques qui annoncent une population active déclinante : son accroissement naturel, qui était de 1,4 % par an en 1970, n’est plus que de 0,25 % à partir de 1990 et doit continuer à diminuer ensuite. C’est donc à partir de ces données que les professionnels de l’économie japonaise ont exercé une pression sur le gouvernement en place pour augmenter le nombre d’étrangers immigrants au Japon. Le gouvernement décida finalement d’ouvrir un débat sur l'opportunité d'ouvrir le pays à une migration de travail. Il en résulta l’adoption, le 1er juin 1990, d’une loi spéciale sur l’immigration étroitement liée aux problèmes du système de travail actuel.

Cette loi donnait plus de droit aux étrangers possédant un visa de travail, mais d’un autre côté interdisait tout travail rémunéré aux étrangers ne disposant que d'un visa de touriste, ou resté au Japon après expiration de celui-ci. Quant aux patrons qui les emploieraient, ils se trouvaient désormais sous la menace de fortes amendes et même de peines d'emprisonnement. Par ailleurs, cette même loi multiplie de manière prudente et contrôlée, les catégories donnant droit à des emplois de courte durée (étudiants, collégiens, stagiaires, Nikkeijin , entraîneuses, cadres étrangers). Mais elle interdit l'embauche d'étrangers à des postes non qualifiés, se qui d’après Myron Weiner : « est une mesure qui ignore intentionnellement la présence des travailleurs illégaux en réalité plus nombreuse que ceux qui disposent d'un statut légal ». La raison invoquée par le gouvernement : « Les étrangers qui possèdent une qualification professionnelle peuvent, éventuellement, obtenir un permis de travail pour un temps déterminé et ainsi contribuer à l'adaptation et à la prolifération des entreprises japonaises sur le marché international. Quant aux autres, le Japon n'en a pas besoin. »L’enjeu de ce débat pour la société japonaise est principalement de préserver « l'harmonie nationale » en limitant l’immigration de masse de travailleurs peu qualifiés, mais aussi de protéger, en moment de récession, les entreprises japonaises sur son territoire contre la concurrence des multinationales américaines.

2.2.le protectionnisme des années 1990C’est au début des années 90, au moment de l’éclatement de la bulle , que le gouvernement japonais adopta des mesures protectionnistes afin de combattre la récession économique anticipée à cette époque. Cette politique économique visant à protéger l’économie nationale contre la concurrence étrangère au moyen de règles et de mesures, contrôla et limita l’entrée des produits étrangers en territoire japonais. Ce phénomène causa par la suite plusieurs problèmes d’ordre social et organisationnel aux entreprises étrangères tentant de s’infiltrer sur le marché japonais. Deux faits distincts ayant pour cause l’arrivée du protectionnisme au Japon engendrèrent une mauvaise réputation des immigrants dans l’opinion publique. Premièrement : un travailleur étranger peut difficilement trouver un cadre d’emploi à l’occidental, car les entreprises étrangères y sont rares. La concentration du marché de consommation (oligopole) entre les mains d’un nombre très réduit de « Sociétés de commerces généraux » (par exemple les magasins Seibu) , permet l’imposition, par ses sociétés, de leur loi à la vente d’un produit. Deuxièmement : Même si une société étrangère tente de pousser la vente de son produit au Japon, la population préfèrera choisir un produit fourni par une entreprise japonaise plutôt qu’un autre parce qu’il est plus facile pour les citoyens d’en trouver près de chez eux et parce qu’ils peuvent de cette façon s’appuyer sur des produits ou des services faits à leur image. Comme l’expliquait dans son livre l’auteur Michel Vié : « La prépondérance du petit commerce traditionnel sur les grandes surfaces (par exemple les magasins de designers japonais dans Harajuku ), contribuent à faire écran entre les produits importés et les consommateurs japonais. »Nous avons vu que la politique japonaise a probablement poussé les gens à avoir un tempérament fermé à l’étranger. De par la loi sur l’immigration instaurée en 1990 et les mesures protectionnistes, les Japonais en sont venus à la conclusion que les étrangers ne doivent pas se mêler à eux. Cette façon de voir les choses n’est pas seulement d’origine historique ou politique, mais elle a aussi une provenance d’ordre social.

3. Des explications sociologiques aux difficultés d'intégration au JaponDans un pays tel que le Japon, la vie sociale est très importante. Vivre entouré de presque 127 millions de personnes (estimation en 2005) demande beaucoup de discipline à sa population. L’ensemble des structures sociales et des manifestations intellectuelles, artistiques, religieuses qui définissent la société japonaise d’aujourd’hui sont fortement influencés par la tradition et la langue japonaise. Ce peuple possède une culture très distinctive, et c’est sûrement ce qui en fait une des plus grandes forces de sa société.

3.1. la culture des masquesCette culture met de l’avant plusieurs comportements qui vont à l’opposé d’autres cultures, comme celle américaine. C’est peut’être pourquoi plusieurs étrangers éprouve de la difficulté à se faire accepter dans leur milieu de vie au Japon. Le point le plus divergeant entre la culture nippone et les autres cultures est d’après M. Tatsuheki, professeur à l’Université Laval, l’apparence des masques : « Dans le visage de l’autre et de soi, le masque tient une place essentielle au Japon. Le terme omote signifie à la fois, le « masque » et le « visage » en japonais. »Comme l’a montré le sociologue David Riesman, il existe bien au Japon, dans la langue comme dans la culture, une propension à concevoir le monde comme un ensemble de façades (omote) changeantes et réversibles. Le sociologue a régulièrement souligné que les Japonais sont extrêmement sensibles au regard et à l’opinion d’autrui. Pour comprendre cette affirmation, regarder sans interruption un japonais dans les yeux si vous avez la chance un jour de discuter avec un d’entre eux. Vous verrez qu’il est très gênant pour eux de parler avec une personne qui le regarde dans les yeux, car ce geste est surtout significatif dans leur culture d’une attirance sexuelle pour l’autre. Mais pour un étranger, il peut sembler normal de regarder son interlocuteur dans les yeux lors d’une conversation sans pourtant avoir aucune arrière-pensée. C’est ce genre de situation propre à la culture japonaise qui entraîne des malaises profonds entre les individus lorsque vient le moment pour un étranger de vivre une vie sociale active. C’est cette mentalité bien encrée du « soto » (extérieur) et du « naka » (intérieur) qui bloque, en quelque sorte, l’harmonie des Japonais et des étrangers. Le soto et le naka sont des entités indissociables dans la culture japonaise, comme le masque qui protège l’intérieur de l’extérieur. Même si les Japonais se montrent extrêmement curieux et gentils avec les immigrants dans leur entourage, ces étrangers voient très rapidement qu’ils ne font pas réellement partie du groupe (de la société). Par exemple, si une personne aux allures occidentales semble avoir besoin d’aides, personne ne lui en donnera à moins qu’il n’en demande lui-même. Autre exemple, un étranger doit la plupart du temps s’inviter lorsqu’il veut sortir avec d’autres Japonais, car ceux-ci ne veulent pas vexer les autres membres du groupe par la présence d’un étranger parmi eux.

On peut donc en venir à un constat sur ce concept. L'ensemble de ces éléments sociaux fait que les Japonais ne peuvent être que dans une situation difficile dans leurs relations avec les étrangers. La seule alternative pour le moment est d’améliorer les connaissances de la culture japonaise chez les autres peuples. Le jeu de masque entre apparence et réalité, peut nous les faire voir comme des hypocrites. Mais de leur côté, ce jeu de masque nous fait paraître à leurs yeux comme des barbares. Et cela, même les échanges culturels, même le grand nombre de Japonais venant aujourd'hui au Canada, même le grand nombre de Canadiens se rendant au Japon, ne pourra pas changer la situation rapidement. Elle est dure à surmonter, car nous sommes fondamentalement opposés par une difficulté de communication.

ConclusionÀ la lumière de tout ce qui a été dit précédemment, peut-on maintenant expliquer pourquoi certains immigrants rencontrent des problèmes d’intégration lorsqu’il s’installe au Japon? Les experts à ce sujet le croient maintenant. Principalement parce que des événements ont amené la population à craindre le monde extérieur. D’abord durant l’ère Sakoku avec son repli géopolitique puis avec l’avènement de la 2e Guerre mondiale qui plongea le Japon dans la misère à partir de 1945. En second lieu, parce que les actions posées par le gouvernement pour protéger le système en place ont mené à l’instauration de la loi sur l’immigration de 1990 puis de mesures protectionnistes. Ces deux faits ont rendu difficile la venue des étrangers au pays donc les Japonais ne sont pas encore habitués à leur présence parmi eux. En dernier lieu parce que la vie sociale des Japonais n’accepte pas la présence d’étrangers dans ces rangs. La culture traditionnelle entraîne la population native à les exclure de leur groupe par souci d’apparence auprès d’autrui parce que les étrangers n’ont pas à leurs yeux la capacité d’agir et de penser comme eux en société.

Mais malgré ces difficultés, l’intérêt pour ce pays est grandissant dans le monde. L’influence de la culture japonaise s’étend maintenant partout. Que se soit grâce aux mangas, aux émissions de télévision pour enfants, à la mode, à la technologie, à l’architecture et j’en passe, un engouement c’est formé. Il n’est même plus inhabituel de voir des étudiants américains et européens apprendre le japonais. D’où vient cet engouement massif pour le « Japanese way of life »? Une analyse approfondie sur le sujet pourrait nous aider à mieux répondre à ce genre de question. Mais en attendant les réponses, une chose est sûre, le Japon devra au cours des prochaines années, établir un nouveau consensus national tourné vers la globalisation s’il veut continuer son ascension fulgurante parmi les plus grands et les plus beaux pays de ce monde.

MédiagraphieLivres:1.Bouissou, Jean-Marie, Le Japon depuis 1945, Paris, Plon, coll. « Terre humaine », 1991, 214 pages.

2.Gottlieb, Nanette, Language and society in Japan , Cambridge, UK, 2005, Cambridge University Press, 169 pages.

3.Japanese society for aesthetics. Looking at japanese culture , Tokyo, Japan, 2004, Japanese Society for Aesthetics, 236 pages.

4.Jugon, Jean-Claude, Les phobies sociales au Japon, Paris, Éditions ESF, 1998, 278 pages.

5.Omoto, Keiko et Macouin, Francis , Quand le Japon s'ouvrit au monde : Émile Guimet et les arts d'Asie, Paris, 2001, Découvertes Gallimard, 192 pages.

6.Pelletier, Philippe, Japon : crise d'une autre modernité́, Belin, Paris, 2003, édition Asie plurielle, 207 pages.

7.Sabouret, Jean-Francois, Japon, peuple et civilisation, Paris, 2004, La Découverte, 232 pages.

8.Vié. Michel, Le Japon et le monde au XXe siècle, ́Paris, 1995, édition Masson, collection Histoire contemporaine générale, 303 pages.

9.Weiner, Myron, Temporary workers or future citizens? Japanese and U.S. migration policies, Londres, MacMillan Press, 1998, 486 pages.

10.Wilkinson, Endymion Porter Le Japon face à l'Occident : images et réalités . Bruxelles, 1992, é́ditions Complexe, collection Questions au XXe siècle,. 387 pages.

Articles scientifiques :11.Eisenstadt Shmuel Noah, “L’expérience historique japonaise:paradoxe d’une modernité non axiale”, dans Revue internationale des sciences sociales, n 151, 1997, pp.129-140.

12.Hein Laura E.,“In search of peace and democracy: Japanese economic debate in political context”, dans The Journal of Asian Studies, n 53-3, 1994, pp. 752-778.

Personne ressource :13.Tatsuheki, Mizoe. Professeur de japonais au niveau avancé à l'Université Laval, Québec.

Définitions des conceptsHistoire :Étude des faits qui ont marqué le passé d’une collectivité ou d’une activité humaine, connus par des documents écrits ou audiovisuels.

Ère Sakoku :Point de départ d’une chronologie d’isolement. Période historique japonaise, qui débuta en 1639 jusqu’en 1853, correspondant au début de l’extradition massive étrangère au Japon.

2e Guerre mondiale :Guerre qui fut déclenchée par l’Allemagne en 1939 et qui prit des proportions mondiales avant de se terminer en 1945.

Politique :pratique du gouvernement d’un État, d’une nation. Ensemble des affaires publiques d’un État, d’une nation.

Politique migratoire :Énoncé général ou énoncé de principes servant à indiquer la ligne de conduite adoptée par le gouvernement japonais dans le secteur migratoire, pour la gestion de l’arrivée d’une population humaine d’un pays ou d’une région vers le Japon.

Protectionnisme :Politique économique visant à protéger l’économie nationale contre la concurrence étrangère au moyen de règles et de mesures qui contrôlent ou limitent l’entrée des produits étrangers.

Sociologie :Étude scientifique de ce qui se rapporte à la société humaine.

Culture :Ensemble des structures sociales et des manifestations intellectuelles, artistiques, religieuses qui définissent une civilisation, une société par rapport à une autre. Ensemble des formes acquises de comportement de l’être humain.