Micheal Ignatieff: La révolution des droits

Essay by elcotUniversity, Bachelor'sA+, April 2008

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Synthèse critique

12 février 2007

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Le milieu politique canadien a connu ces derniers mois plusieurs changements draconiens en ce qui a trait aux figures de proue de notre gouvernement. Après l'élection difficile des conservateurs dans un gouvernement fédéral désabusé par les scandales entourant l'ancien gouvernement au pouvoir, nous avons pu assister à une chaude lutte à la chefferie du parti fédéral. Cette élection nous a permis de voir des visages encore méconnus du peuple canadien, et l'un des plus médiatisés fut certainement Michael Ignatieff. Nous avons par le fait même appris qu'il n'était pas qu'un simple politicien charismatique, mais aussi un écrivain de renommée, un historien et un professeur de l'Université de Harvard. Mais par-dessus tout, il est considéré comme un grand expert des droits de l'homme. C'est dans un esprit de curiosité envers ce personnage, mais surtout parce que la population en général cherche en ce moment des points de repère face aux droits des communautés culturelles que la présente synthèse critiquera son livre intitulé comme suit « La révolution des droits » publié en 2001 par les éditions du Boréal.

Il est de mise que les arguments défendus par l'auteur devront être en premier lieu exposé de façon explicite et par la suite une critique respectueuse de son point de vue sera formulée.

M. Ignatieff commence la présentation du sujet de son ouvrage en nous louant, grâce à son point de vue extérieur, les efforts du Canada face au phénomène de révolution des droits amorcé dans le pays au début des années 60. Selon lui, ce phénomène fut étroitement lié aux efforts démocratiques des politiques canadiennes ayant été établies à partir de cette époque. L'édification de la société moderne proclama les valeurs d'égalités, fondement primaire des droits, comme nécessaire à l'élargissement du débat démocratique comme en démontre cette citation : « Depuis les années 60, la révolution des droits a donné la parole à des groupes que l'on n'avait jamais entendus, et le débat sur ce que la société doit être est plus bruyant, plus difficile à canaliser, mais plus démocratique qu'autrefois »1. Des groupes de plus en plus présents dans notre pays, force est de l'avouer, depuis que le Canada se montre comme le chef de file dans le domaine des droits de l'homme grâce entre autres à notre Charte des droits et libertés ainsi qu'aux Canadiens ayant participé à l'écriture de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Certains ont dit, comme Marx, que l'acquisition des droits s'est fait au détriment des différences, mettant sur le même pied d'égalité tous les êtres humains. L'auteur de cet ouvrage n'est cependant pas du même avis. Les droits entraînent bien sûr la force des uns et la résistance des autres, mais ils ont été mis en place pour justement protéger la liberté d'action individuelle et collective des individus. Littéralement « Croire à la nécessité des droits, c'est défendre les différences »2. Mais encore faut-il utiliser à bon escient la force conférée par les droits.

Dans le monde des droits individuels ou collectifs, les citoyens ont tous des droits égaux sinon on ne parlerait plus de droit, mais plutôt de privilège. Pourtant, l'auteur présume que toutes les communautés veulent voir ces différences reconnues et acceptées. Le mot clé de son argumentaire face à ce problème est la « reconnaissance ». Cette notion permet, selon lui, à deux collectivités de vivre ensemble si chacune d'elles accepte d'abord l'identité de l'autre. Puis les deux groupes doivent se mettre d'accord sur des lois protégeant leurs différences. Comme l'indique l'auteur « Pour l'instant, le droit est du côté des minorités, la force est de celui de la majorité. La reconnaissance mutuelle doit rééquilibrer cette relation en redistribuant et la légitimité et la force »3. Mais attention, cela ne doit pas pour autant être de l'autodétermination, qui pourrait entraîner un empiétement des autres juridictions existantes. Il doit plutôt y avoir un équilibre entre les droits individuels et les droits collectifs.

Depuis que la révolution des droits a atteint la vie familiale, un grand débat s'est ouvert à savoir si ceux-ci n'ont pas entraîné un certain nihilisme social ou une tendance encourageant l'individualisme. La réponse de Michael Ignatieff à ce sujet est très simple. Le problème ne vient pas du fait que les individus possèdent plus de droits qu'autrefois, elle vient plutôt du manque de responsabilité de ceux-ci. Par exemple, les droits peuvent protéger les enfants contre la violence physique, mais aucun droit ne peut garantir aux enfants qu'ils auront tous l'amour ou le respect nécessaire à leurs bons développements. Malgré tout, les droits sont très importants pour la solidité des familles modernes, car c'est grâce à eux si les gouvernements investissent tant de fonds publics dans des services de qualités. En voici quelques exemples énoncer par l'auteur « La protection de l'enfance, l'universalité de l'accès aux soins médicaux, les garderies abordables, des écoles élémentaires et secondaires de qualités, voilà les fondations de la voûte protectrice que la société doit ériger au-dessus de la famille »4.

Ignatieff s'oppose aussi à ceux qui disent que les droits sèment la division au sein des corps politiques et il prend encore une fois la situation canadienne en exemple. Il constate que les 3 nations présentent sur le territoire, soit les Canadiens anglais, les Canadiens français et les Autochtones, ont tous un point de vue différent de l'histoire du pays et de plus, leurs origines sont tout aussi différentes. Il est donc impossible que le Canada réussisse à réunir ses citoyens sous la bannière du nationalisme ethnique. Le seul moyen de promouvoir l'union de citoyens est des traités sur un pied d'égalité sur le plan juridique « Mais l'égalité des droits est essentielle et elle suppose en même temps que la diversité puisse trouver place sous la voûte protectrice d'un ordre juridique légitime »5. Il faut se rendre à l'évidence qu'en acceptant une communauté de droits, les Canadiens ont par le fait même accepté une communauté de discussion constante.

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Critique

Comme il s'agit d'un livre écrit à partir de conférences visant un très large public, les problèmes exposés par l'auteur ont été clairement formulés ce qui simplifie de façon positive la lecture des personnes un peu moins familières avec les textes de nature politique. De plus, l'auteur a utilisé des liens logiques très intéressants tout au long de son ouvrage. Pourtant, il aurait été intéressant de voir plus de données vérifiables pour appuyer ces arguments plutôt que de s'appuyer majoritairement sur des données subjectives. Il aurait été également plus à l'avantage de l'auteur d'élaborer un peu moins sur les arguments de ses opposants et un peu plus sur les siennes.

Étant donnée sa parution assez récente, cette œuvre est encore très actuelle et elle décrit très bien la situation multiculturelle et constitutionnelle au Canada. Il est même plutôt original de par le fait que l'auteur n'habitait pas le Canada au moment de la rédaction ce qui lui donne un œil critique différent des autres analystes canadiens. À quelques moments, il est pourtant inattendu de lire sa perception un peu fataliste de certaines situations, par exemple lorsqu'il parle des conséquences de la liberté sur les valeurs familiales avec lesquelles, expliqua-t-il, nous devrons vivre d'une manière ou d'une autre.6 Sa vision d'un Canada plurinational suit la pensé de certaines personnes comme l'historien de renommée international, M. Taylor. Pourtant, certains sceptiques diront que sa notion de « reconnaissance » de la nation québécoise n'est pas des plus populaires auprès des autres politiciens libéraux. Cette idée lui a même malheureusement coûté la chefferie libérale à la dernière élection du parti. Ignatieff est aussi un auteur (et un homme) réputé pour ses contractions. Durant sa carrière, il est revenu plusieurs fois sur ses positions et idées politiques, que ce soit dans ses discours ou dans ces livres. Les Canadiens ont pu le voir durant la chefferie lors de son revirement au sujet du nationalisme québécois et aussi dans ses livres « Déchirement des nations » et « La révolution des droits » ou il change radicalement d'idée face aux lois linguistiques québécoises.7 Contacté par un journaliste du journal Le Devoir à ce sujet, Ignatieff explique qu'il ne s'agissait pas d'un revirement, mais plutôt d'un changement de ton pour tenter de s'éloigner des principes établis auparavant par Trudeau sur ces sujets, ce qui peut-être compréhensible.8 Mais ces aspects ont sûrement nui de manière considérable à son image d'homme politique respectable et du fait même, à sa crédibilité face au lecteur.

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Grâce à la lecture de cet ouvrage, plusieurs personnes auront la chance de mieux comprendre les grandes questions de la politique canadienne et son incidence sur la question des droits de l'homme. Les positions de l'auteur sont toutes aussi intéressantes que simples même si ses solutions peuvent paraître plus faciles à imaginer pour un étranger que pour un Canadien lui-même. En ces jours de débat culturel au Québec en regard aux accommodements raisonnables et à l'intégration des minorités dans notre culture, tous les Québécois auraient un avantage à lire ce livre pour mieux comprendre toute la dynamique des problèmes multiculturels. Les droits sont plus que des instruments de la loi. Ils sont l'expression de notre identité morale comme peuple. C'est peut-être là , la solution pour les nations présentes sur le territoire, reconquérir l'identité de notre pays pour mieux nous comprendre et nous accepter.

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Bibliographie

1Michael Ignatieff, La révolution des droits, Éditions du Boréal, Montréal, 2001, p.33

2Michael Ignatieff, La révolution des droits, Éditions du Boréal, Montréal, 2001, p.56

3Michael Ignatieff, La révolution des droits, Éditions du Boréal, Montréal, 2001, p.80

4Michael Ignatieff, La révolution des droits, Éditions du Boréal, Montréal, 2001, p.102

5Michael Ignatieff, La révolution des droits, Éditions du Boréal, Montréal, 2001, p.128

6Presse Canadienne, L'auteur renommé Michael Ignatieff est pessimiste pour le Canada, samedi 16 avril 2005

7Pierre Dubuc, Un spectre hante le Canada : le séparatisme, l'aut'courriel, numéro 126, 19 avril 2005

8Antoine Robitaille, La nouvelle philosophie de la mosaïque, Le Devoir, samedi 29 septembre 2001

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