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Essay by EssaySwap ContributorJunior High, 9th grade February 2008

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Anthropologie Culturelle Les Amish : une communauté hors du temps I) LES ORIGINES DES AMISH On trouve les racines des Amish dans la communauté des Mennonites. Les deux appartiennent au mouvement des Anabaptistes qui remonte à l'époque de la Réforme. Les Anabaptistes croyaient que seuls les adultes devaient être baptisés car ils avaient conscience de leur acte et qu'ils devaient rester en marge de la société. Beaucoup d'Anabaptistes furent exterminés, considérés comme hérétiques par les Catholiques comme les Protestants et beaucoup allèrent se réfugier dans les montagnes suisses et au sud de l'Allemagne. C'est dans ce contexte qu'apparaît le mouvement Amish : les persécutions continuèrent jusqu'au XVIIIè siècle et entre 1693 et 1697 une partie de l'église Mennonite suisse (les Frères Suisses) se sépara du reste de la Communauté pour former le mouvement Amish. Cette communauté souhaitait préserver la discipline biblique au sein de la communauté. A partir de 1663, une partie émigra aux Etats-Unis pour échapper au militarisme européen et préserver la foi des ancêtres! dans un pays neuf aux perspectives économiques attrayantes : ils s'établirent au nord des Etats-Unis, en Pennsylvanie, et se lancèrent dans l'agriculture avec succès.

1. Quelle est la valeur symbolique du schisme Amish ? En 1693 un évêque suisse du nom de Jacob Amman se sépare des Frères Suisses Mennonites : ses successeurs ont été baptisés les Amish. Bien que les deux communautés se soient séparées, elles partagent de nombreux points communs : elles ont les mêmes croyances en ce qui concerne le baptême, la non violence et les doctrines bibliques fondamentales. Cependant elles diffèrent en matière de vêtements, de technologie, de langue, de façon de travailler et d'interprétation de la Bible.

D'après l'historien Eli Gingerich, dans ses écrits de 1978, il y a sept domaines au centre de la controverse entre les Mennonites Suisses et les Amish qui ont poussé au schisme entre 1693 et 1697 : · la communion deux fois par an · l'habitude de laver les pieds d'autrui comme rite religieux · le fait d'isoler et d'éviter un membre de la communauté excommunié ou puni · s'en tenir à une discipline communautaire très stricte · die Treuherzigen : le problème de savoir si oui ou non les « justes » étaient protégés · les codes vestimentaires · les codes concernant la coiffure Gingerich explique plus loin que « ni l'un ni l'autre des deux parties ne voulait céder. Chacune était déterminée. Aucune ne voulait admettre la possibilité de se tromper ou d'échouer. Il s'est avéré qu'il était impossible de communiquer pour mieux comprendre l'autre partie. Les deux Eglises ne se sont jamais retrouvées. » En fait ces sept domaines ou points de dispute ne suffisent pas d'après d'autres auteurs à expliquer le schisme : il y avait déjà au sein de l'Eglise Mennonite Suisse une littérature « proto-Amish » identifiée comme telle par Nikolaus Wüthrich en 1807 et par Christian Plank qui faisait partie du cercle d'intimes de Jacob Ammann mais avait quitté le groupe Amish. En fait ces auteurs démontrent qu'il faut remonter à Simon Menno, le fondateur du mouvement Mennonite pour expliquer la controverse sur deux points fondamentaux précédemment cités : l'isolement d'un excommunié ou d'un puni et les Treuherzigen.

· L'isolement physique : d'après Wüthrich , il est impossible de considérer l'isolement physique que pratiquent les Amish et que contestaient les Mennonites comme étant fondé du point de vue biblique par l'apôtre Paul. Tout remonte donc à Menno lui-même. Gingerich explique ainsi que cet isolement physique date en fait de 1555 : Leenaert Bouwens a établi cet isolement pour punir les personnes nocives au reste de la communauté. Cet isolement se fait entre toutes les catégories de personnes : les enfants sont séparés de leurs parents, les épouses de leur mari ... Cependant cette mesure fut contestée par une femme qui refusait d'être séparée de son mari : en conséquence, Menno lui-même lutta contre cette sévérité. En 1693 lorsque Jakob Ammann essaya de réintroduire l'isolement physique dans la communauté suisse Mennonite, il reçut l'appui des plus traditionalistes et conservateurs qui favorisèrent le schisme.

· Les Treuherzigen : c'est le deuxième point important de la controverse Mennonites/Amish. Littéralement les Treuherzigen sont ceux dont le coeur est fiable, fidèle ou loyal. Ils sont parfois appelés les Anabaptistes partiels. En fait ce sont ceux qui restent avec l'Eglise de leur Etat mais qui sympathisent avec les Anabaptistes et gardent dans leur coeur beaucoup des doctrines et principes de foi des Anabaptistes. Ils ont beaucoup aidé à cacher les Anabaptistes pendant les grandes persécutions. Jakob Ammann rejeta l'idée que les Treuherzigen puissent faire partie de « l'Eglise vraie », celle désignée par Dieu pour être sa représentante sur Terre, contrairement aux Mennonites qui les acceptaient Plus tard, les Amish reconnurent ne pas avoir le droit de juger au nom de Dieu : seul Dieu pouvait avoir cette fonction.

· Le lavage des pieds d'autrui : interdit par la confession Mennonite, il était considéré comme étant un geste sacré. En effet dans la Bible, c'est Jésus qui lave les pieds des apôtres.

2. Comment apprécier ce schisme dans son contexte ? En fait on se rend très vite compte en examinant les raisons du schisme que tout repose sur un flou concernant l'origine des idées : plusieurs personnages et Eglises ont influencé le développement des Amish et leur schisme des Mennonites. Parmi ces sources on peut citer : · Menno Simon, le fondateur du mouvement Mennonite : le problème est de savoir comment interpréter son livre Foundation Book et comment expliquer la longueur du délai d'édition de ce livre : a-t-il été modifié entre temps ? Il est prouvé que Jakob Ammann s'est inspiré du Foundation Book et a repris les traits de caractère du personnage : une individualité très marquée, beaucoup d'autoritarisme, ce que les Mennonites Suisses lui ont reproché sur le plan relationnel mais aussi intellectuel. En effet Menno avait déjà été critiqué sur ce point et les Mennonites avaient corrigé son message en renforçant le caractère communautaire de l'Eglise Mennonite : Jakob Ammann a au contraire repris les idées d'une autorité unilatérale, hiérarchique. Cependant les faits ont montré que les Amish ont évolué vers la conception communautaire de nouveau.

· les différences de pratique selon les régions : au sein même de l'Eglise Mennonite des disparités apparaissaient bien avant 1663. En Hollande, en Alsace et au Sud de l'Allemagne, la pratique du lavage des pieds avait déjà été réintroduite au début du XVIIè siècle 3) Après le schisme La majorité de la communauté a émigré vers les Etats Unis en Pennsylvanie et a conservé la tradition de marginalisation. Ainsi en 1775, ils ont adressé ce texte au Parlement local : « C'est notre principe de nourrir les affamés et de rafraîchir les assoiffés ; nous nous sommes dévoués à servir les autres dans toute situation où notre aide pourrait servir à préserver des vies humaines, mais nous ne trouvons aucune liberté à donner, ou à aider des gens qui se détruisent et se blessent entre eux. » Aujourd'hui ils vivent dans des communautés de 22 états des Etats-Unis ainsi qu'au Canada en Ontario. Le groupe le plus ancien et aussi le plus conservateur est une communauté de 16 à 18 000 gens vivant en Pennsylvanie dans le comté de Lancaster.

II) LES VALEURS AMISH ET LEURS CONSEQUENCES SUR LEUR MODE DE VIE.

Les Amish les plus conservateurs sont connus sous le nom de « Old Order Amish ». La tradition et le refus du progrès définit leur mode de vie, qui est unique en son genre dans un pays occidental à l'aube du XXI° siècle. Voici les 6 caractéristiques qui semblent dominantes chez les « Old Order Amish », caractéristiques que nous détaillerons ultérieurement : 1. Le Séparatisme Ils vivent détachés du monde et ce non conformisme a pour fondement la Bible et plus exactement l'Epître aux Romains 12:1-2 (« (...)Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. ») et aussi le Deuxième Epître aux Corinthiens 6:14 (« Ne formez pas d'attelage disparate avec des infidèles.(...) »). Pour marquer encore plus leur détachement par rapport au monde ils refusent souvent de remplir leurs devoirs civiques tel que voter ou faire leur service militaire.

Ceci façonne totalement leur mode de vie : vêtement et éducation (cf. 2), travail (cf. 4) et langage. Ainsi les Amish parlent chez eux un dialecte allemand appelé « Pennsylvania Dutch »; ils utilisent l'allemand lors de leur service religieux et apprennent l'anglais à l'école et l'utilisent avec des non-Amish. Ils sont donc trilingues.

2. Une Vie Simple La simplicité et l'humilité sont mis en avant dans les communautés Amish.

Ceci apparaît notamment au niveau de l'habillement qui est modeste, sans saveur et sans couleur : les femmes et les filles appartenant à la communauté des « Old Order Amish » portent de modestes robes faites d'un tissu robuste avec de longues manches. La robe doit au minimum arriver à mi-mollet et surtout pas plus haut. Ces robes sont recouvertes d'une cape et d'un tablier . Ces robes sont attachées avec des épingles droites et des pressions. Elles ne se coupent jamais les cheveux qu'elles attachent en chignon. Elles portent aussi un petit bonnet, blanc pour les femmes mariées et noires pour les autres. Les femmes Amish ne portent aucun bijou. Les hommes portent des costumes sombres, des manteaux droits sans revers, de larges pantalons noirs, des bretelles, des chemises robustes, des chaussures et chaussettes noires, et des chapeaux à larges bords noirs ou en pailles. Ils attachent leur chemises avec des boutons conventionnels, mais pour leurs manteaux ils utilisent des pa! tères et des trous. Ils ne portent pas de moustaches mais ils se laissent pousser la barbes après s'être marié. Pour eux, ces vêtements les aident à rester humbles et marquent leurs différences avec le monde extérieur. Ces vêtements ne sont pas des costumes mais une expression de leur foi.

L'éducation et la formation sont limitées au maximum à leur plus simple niveau. Ainsi les enfants vont dans une école à classe unique dont le professeur est généralement une femme chrétienne non mariée. Les enfants arrêtent généralement l'école au niveau de la 8° classe, ce qui équivaut à la 4° en France.

Les Amish cherchent à se prémunir contre la philosophie « païenne » et la pensée de « l'homme déchu ». Ainsi ils rejettent toutes formations où certaines valeurs qu'ils jugent néfastes sont valorisées telle que la quête du pouvoir, l'arrivisme, la vanité, l'art de la violence et de la guerre...

Cette vie simple transparaît aussi dans leur refus du progrès. En effet on a l'impression qu'ils vivent toujours au XIX° siècle. Les « Old Order » n'ont pas de voitures mais des carrioles tirées par des chevaux; ils n'ont pas non plus d'électricité chez eux.

3. La Vie de Famille Les Amish doivent se marier entre eux. Aucun mariage avec un non-Amish est permis. Le divorce est interdit et les séparations très rares. Ils sont monogames. La famille est centrée autour de l'autorité du père. Les rôles des femmes et des hommes sont clairement définis et différenciés. Une famille moyenne a 7 ou 8 enfants. L'homosexualité n'est pas reconnue comme un mode de vie acceptable. Avant d'être marié, un Amish travaille à la ferme ou dans l'affaire familiale.

Le mariage étant un des éléments clés pour les Amish au niveau religieux et au niveau du choix du futur époux ou épouse. Cette recherche commence dès l'âge de 16 ans. Avant de se marier plusieurs étapes doivent être respectées. Tous deux doivent d'abord se faire baptiser dans une église Amish : ceci est un gage de longévité pour leur mariage et de sérieux. Le jeune homme demande la jeune fille en mariage (il offrira plutôt une horloge ou de la vaisselle en porcelaine qu'un diamant). Les intentions du couple resteront secrètes jusqu'en Juillet ou Août, période où la famille de la jeune fille sera mise au courant. Deux dimanches après le 11 octobre, toutes les intentions de mariage sont dévoilées solennellement, pendant que les futurs époux savourent un repas en tête à tête préparé par la jeune fille. A partir de ce jour, les futurs époux n'ont que quelques jours pour préparer le mariage. La mariée sera généralement habillée en bleu, ce n'est pas une obligation mais cette co! uleur est très appréciée chez les Amish. La mariée fera généralement sa robe toute seule, ainsi que celles de ses demoiselles d'honneur. Les robes sont bien sûr classiques, sans ornements spéciaux, sans fanfreluche et n'ont jamais de traîne. La mariée et ses demoiselles d'honneur portent toujours sur leurs robes un tablier et une cape. A la place d'un voile, elles portent un bonnet noir. Contrairement à notre culture où une robe de mariée n'est jamais réutilisée, les femmes Amish portent leur robe de mariée chaque dimanche pour le culte et elles seront enterrées dans cette tenue. Le marié est habillé avec un costume noir. De plus aucune fleur n'apparaît lors d'un mariage Amish. Les mariages ont lieu en novembre et début décembre; ils sont célébrés les Mardi ou les Jeudi. C'est la famille de la mariée qui invite. Il y a généralement 200 à 400 invités, sachant qu'il y a généralement 4 mariages célébrés le même jour. La cérémonie et les préparatifs quant à eux s'apparentent à nos! mariages : cérémonie avec des voeux échangés, un repas abondant, des chants... Le couple passera sa première nuit ensemble dans la maison des parents de la jeune fille pour tout ranger dès le lendemain matin et ils passeront leur lune de miel à rendre visite à leurs connaissances et amis, période où ils recevront leurs cadeaux de mariage. Les jeunes mariés vivront chez les parents de la jeune fille jusqu'au printemps prochain où on ils construiront leur maison.

4. L'Harmonie avec la Terre et la Nature Le travail manuel est mis en valeur ( les Amish n'attachent que très peu d'intérêt à tout ce qui est mécanisé et qui peut faciliter le travail). Travailler dur et épargner sont reconnus comme des vertus. Les Amish sont généralement considérés comme d'excellents agriculteurs, même s'ils refusent tracteurs et autres machines. Pour les Amish, Dieu apprécie les hommes qui travaillent en harmonie avec la nature, la terre et le temps et qui font attention aux animaux et aux plantes. Par opposition, la ville est donc perçue comme un lieu de loisir où des valeurs non-productives sont mises en exergue et elle est même parfois vécue comme une première étape vers le mal et la perversité.

5. L'Assistance Mutuelle Les Amish ne peuvent survivre en dehors de leur communauté. Les relations de voisinages sont très importantes et s'aider les uns les autres est la méthode la plus naturelle de socialisation. Ils ne souscrivent généralement pas à des assurances vie ni à toute autre assurance; c'est l'Eglise qui se charge d'aider celui qui aurait beaucoup perdu. Les grandes familles subviennent généralement aux besoins des personnes âgée. Il est très rare que les Amish retraités aillent ailleurs que dans la « dawdyhaus », c'est une petite maison construite à côté des bâtiments principaux de la ferme.

6. Une Discipline Religieuse La discipline chez les Amish est souvent perçue comme très stricte, dure et n'acceptant aucun compromis. Les membres baptisés sont soumis aux règles religieuses. Ces règles qui régissent la vie des Amish ne sont pas écrites et sont connues sous le nom de « Ordnung ». Les membres n'ayant pas respecté les règles sont généralement excommuniés et exclus de la vie communautaire jusqu'à ce qu'ils soient totalement pardonnés par la communauté. Ils ne peuvent par exemple pas manger à la même table que les autres, participer aux activités de la communauté et pour les personnes mariées, elles ne peuvent avoir aucune relation conjugale.

Au niveau de la communauté, il n'y a pas de pouvoir centralisé : une communauté se compose de 40 familles au maximum et d'une église. Les décisions sont prises par l'Eglise de chaque communauté, d'où l'existence de tendances différentes suivant les communautés.

III) L'EXTERIEUR : UNE CONTRAINTE POUR LES AMISH 1. Les Amish tentent d'utiliser l'extérieur selon leurs choix.

a) Un besoin de l'extérieur de plus en plus apparent Malgré leurs réticences vis-à -vis de l'extérieur, les Amish utilisent depuis une dizaine d'années des technologies qu'ils refusaient jusqu'alors.

Par exemple, ils acceptent que la médecine américaine leur vienne en aide dans les cas les plus graves. Ainsi, en 1990, le docteur Morton fut le premier médecin américain autorisé à ausculter un enfant amish souffrant de la MSUD, une maladie facilement transmissible qui avait déjà paralysé plusieurs membres de la même communauté. Le docteur Morton fit installer des postes téléphoniques dans les familles touchées par cette maladie afin d'être à tout moment en contact avec elles. Il parvint même à construire une clinique pour les enfants amish respectant autant que possible leur mode de vie habituel.

De façon similaire, certaines communautés ont accepté l'utilisation de tracteurs et d'engrais afin de pouvoir maintenir leur activité agricole. En fait leur refus impératif de l'apport que peut constituer l'extérieur s'est transformé en une acceptation partielle, qui prend comme critère l'utilité communautaire de telle ou telle technique. De ce fait, il est compréhensible que des tracteurs soient acceptés alors que les automobiles, symbole même de l'indépendance de la famille par rapport au reste de groupe soient encore refusées.

Il faut cependant prendre en considération le fait que les différentes communautés amish n'ont pas un avis commun par rapport à cette adaptation sensible au monde extérieur.

b) Sur le problème de l'extérieur, les Amish sont divisés.

D'une part, les Amish du « Old Order » restent totalement opposés à quelque apport de l'extérieur, même s'il pouvait s'avérer des plus utiles. Ils ne veulent en aucun cas apparaître comme des assistés vis-à -vis du monde extérieur et cherchent au contraire à renforcer leur identité via des règles encore plus strictes.

D'autre part, les partisans du « New Order » pensent que la survie de la communauté Amish dépend de sa capacité à évoluer et à s'adapter au monde extérieur de façon autonome, c'est à dire en choisissant d'intégrer telle ou telle technique de façon réfléchie.

Cette fracture se traduit au niveau des migrations des familles amish: celles qui optent pour des règles plus strictes et un refus plus franc envers l'extérieur partent vers les communautés du Wisconsin alors que celles qui choisissent de s'inspirer de façon sélective de l'extérieur se rapprochent des villes.

2.Cependant, ces relations sont parfois étrangères au choix des Amish.

a) La juridiction américaine.

Il paraît tout à fait naturel de considérer que les Amish doivent se plier comme tout citoyen américain à la juridiction américaine, même s'ils jugent qu'elle va contre ses intérêts privés. Cependant, à deux reprises, les Amish sont parvenus à obtenir des dérogations par rapport à la loi américaine.

En 1972, l'Etat du Wisconsin a perdu un procès contre les Amish devant la Cour Suprême américaine concernant l'âge minimal de fin de scolarité. En effet, les Amish ont convaincu la Cour Suprême qu'il était inutile qu'un enfant amish continue sa scolarité après la 8ème classe (niveau 4ème en France). En fait, un adolescent amish qui continuerait sa scolarité jusqu'à l'âge prévu par l'Etat du Wisconsin devrait sortir de sa communauté et il lui serait impossible pour des raisons de réadaptation d'y retourner. Le droit de culte fut invoqué par la Cour.

De même, les Amish sont exemptés du programme medicare de sécurité sociale. Leurs arguments étaient les suivants : d'une part, il est certain que leur capacité à s'aider mutuellement est en mesure de suppléer à un programme social d'Etat ; d'autre part, les Amish considèrent qu'ils ne doivent en aucun cas être en position d'assistés vis-à -vis de leur « code d'honneur » religieux.

Les règles concernant l'hygiène des produits laitiers vendus ont ainsi conduit les Amish travaillant dans ce secteur à stériliser leur lait, opération nécessitant plus d'électricité que la communauté peut en produire par elle-même. Certaines communautés ont alors du accepter leur connexion aux lignes électriques extérieures, ce qui constitue un défaut à leurs règles propres.

On peut aussi noter que si les Amish ont longtemps refusé la présence de la police d'Etat dans leurs domaines, celle-ci ne manque pas depuis quelques années de leur dresser quelques procès verbaux relatifs au manque de signalisation sur leurs « véhicules »...

b) Le tourisme.

Depuis l'essor des voyages organisés, les Amish ont profité des touristes pour développer leur production de produits locaux et ont ainsi multiplié le nombre de leurs manufactures artisanales. Cependant, ils n'ont pas su freiner à temps ce mouvement. Des compagnies américaines se sont alors spécialisées dans la visite des camps Amish, où les habitants sont considérés comme des objets avec lesquels il est naturel de se faire photographier, sans risquer de représailles de leur part puisqu'ils s'interdisent toute relation conflictuelle.

De plus, depuis 1996, deux compagnies de voyages ont inventé un nouveau concept touristique: il est proposé de se transformer en Amish pour deux semaines, de vivre avec eux en imitant leur mode de vie tout en espérant un retour à la nature se devant d'être des plus bénéfiques.

On peut remarquer que si les Amish avaient une aversion vis-à -vis des nouvelles technologies, il existe pourtant à présent quelques dizaines de sites sur Internet relatifs à leurs activités, et leur permettant de transformer leur commerce artisanal en multinationale : il est possible en effet d'acheter à bas prix des tables amish, des coffres ou des poupées et même des tissus et tapisseries amish ... Remarquons également que les Amish intéressent aussi le monde du cinéma : le film Witness dans lequel joue Harrisson Ford a suscité un intérêt nouveau autour de cette communauté.

Si les Amish ont choisi l'isolement, celui-ci a le défaut de n'être imperméable que dans un seul sens ...

c) Les grands fléaux actuels atteignent les communautés Amish.

Nous pourrions affirmer qu'à la vue des données statistiques concernant les Amish, il est juste d'affirmer que cette communauté est loin d'être en voie de disparition. Depuis 10 ans, le nombre de membres est passé de 20.000 à 100.000 aux Etats-Unis et au Canada. Cependant cette rapide augmentation n'est pas principalement due à un accroissement naturel rapide, conséquence de l'utilisation plus courante de la médecine mais à la progression du nombre des nouveaux adeptes. En réalité, ces derniers ont considéré cette communauté comme une secte idéale, où chacun partage ses joies et surtout ses peines avec le reste du groupe. D'autre part, les assassinats et les vols se sont multipliés depuis ces deux dernières années. Les Amish ont porté une première plainte en 1996 après le sixième meurtre survenu cette année-là . Ainsi, les Amish ont du reconnaître le système judiciaire américain : ils ne peuvent plus se permettre de refuser le système, ayant besoin de ce dernier.

Ainsi les Amish perdent peu à peu leur isolement et se voient dans l'obligation d'opérer de nouveaux choix afin de se redéfinir par rapport au reste de la société, mais aussi par rapport à leurs propres valeurs.